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Mais où sont passés les sous ?

La chronique d’Eric Bocquet - 23 février 2018

Il y a la finance dont on parle, les banques, les marchés financiers, les fonds d’investissement, etc., et puis il y a une finance plus discrète, tellement discrète qu’on l’appelle dans les milieux autorisés « la finance de l’ombre » (shadow banking dans la langue de Jeremy Corbyn). Et pourtant, cette finance-là contribue à l’hypertrophie financière.

La sphère financière et bancaire a connu une croissance vertigineuse au cours des dernières décennies. Le bilan des banques a crû à un rythme exponentiel au tournant des années 1990/2000 tout particulièrement en Europe où il représente désormais l’équivalent de 3,5 fois le PIB. La crise de 2007-2008 a ralenti cette tendance sans toutefois l’inverser.

Au niveau mondial, les actifs gérés par les banques ont pratiquement triplé au cours des années 2000, passant d’un peu plus de 50 000 milliards de dollars fin 2003 à 133 000 milliards de dollars fin 2015. Rappelons que le commerce de marchandises des pays du G7 était de 3 000 milliards de dollars en 2008 et le PIB mondial de 75 500 milliards de dollars en 2016. Ces quelques chiffres, histoire de situer les échelles. Ce qui fait dire à certains spécialistes aujourd’hui que le secteur financier n’est plus au service de l’économie réelle, sachant qu’il s’échange en une année à peu près 70 fois la valeur du commerce international.

Cette croissance sidérante de la finance s’est aussi accompagnée d’une forte concentration des activités. Il existe aujourd’hui dans le monde une trentaine de banques dites « systémiques », c’est-à-dire qu’elles sont tellement grosses que l’effondrement d’une seule d’entre elles entraînerait automatiquement une crise financière mondiale, un nouveau krach de 1929 !

D’après François Morin, en 2015, ces groupes bancaires systémiques pesaient plus de 50 000 milliards de dollars. Ces établissements sont strictement privés mais ils bénéficient de fait de la garantie des Etats (les spécialistes appellent ça l’aléa moral), c’est-à-dire que lorsqu’il y a le feu dans la maison « finances », c’est la force publique qui vole à son secours, y compris en s’endettant. Evidemment, les paradis fiscaux sont au cœur de ce système, ces territoires représentent 18% du chiffre d’affaires des banques européennes et 29% de leurs profits à l’étranger contre seulement 9% de l’effectif qu’elles emploient à l’étranger.

Donc, si je comprends bien, impossible de mettre en cause dans la crise financière en cours, ni les fonctionnaires, ni les employés des EHPAD, ni les surveillants de prisons, encore moins les cheminots, pas davantage les enseignants, les retraités, les infirmières…

Mais alors, il est passé où ce fric ?