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Expression dans l’Hémicycle

Intervention d’Eliane Assassi pour le groupe CRCE suite à la déclaration du Gouvernement

Eliane Assassi s’est exprimée, en tant que Présidente du groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Ecologiste, à la tribune ce jeudi 6 décembre 2018, suite à la déclaration faite par Edouard Philippe, Premier Ministre.

Déclaration du Gouvernement, suivie d’un débat, en application de l’article 50-1 de la Constitution, sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d’achat

Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Mes chers collègues,

Nous vivons un moment de l’histoire de notre pays d’une grande gravité.

C’est au fil des jours que la parole vraie, la parole sincère, la parole libérée de ces femmes si nombreuses dans l’action, de ses hommes souvent marqués par la dureté de la vie et du travail, a souligné la profondeur, l’enracinement de ce mouvement social qui met en cause le concept même du capitalisme libéral.

Avez-vous entendu la colère rentrée de cette aide-soignante qui n’arrive plus à vêtir ses enfants ? Avez-vous entendu ces pères de famille meurtris de ne pouvoir offrir de cadeaux pour Noël ? Avez-vous entendu ces retraités guettant la sortie des poubelles de supermarchés pour se nourrir ? Avez-vous entendu ces femmes et ces hommes en découvert dès le 10 de chaque mois, dans l’incapacité - à compter de ce jour - de se nourrir, de se vêtir, de vivre ?

Vivre, trouver les moyens pour vivre, trouver le temps de vivre, c’est ce cri qui couve depuis des années et qui aujourd’hui explose et vous prend totalement au dépourvu, vous, M. le Premier Ministre, et je dirai surtout, le Président de la République.

Vous ne comprenez pas cette colère et cette incompréhension provient d’un profond aveuglement.

Vous occultez la réalité de la politique menée depuis mai 2017, une politique voulue par les riches et pour les riches, symbolisée par la suppression de l’ISF sur les biens financiers.

M. le Premier Ministre, votre projet de budget 2019, inspiré par l’Europe libérale accorde 17% de baisse d’impôt pour les 0,1% des plus riches.

Le peuple l’a bien compris, et c’est pour cela que vous n’échapperez pas à la question de la justice fiscale.
Vous devez rétablir l’ISF et même vous devez l’améliorer, la rendre plus efficace. Le grand ami et protecteur de M. Macron, Bernard Arnault, quatrième fortune mondiale, devrait payer 550 millions d’euros d’ISF et il n’en a payé que 2,9 millions la dernière fois. Ce super cadeau n’était pas suffisant, vous l’exonérez complètement. Et pensez-vous que lui et ses amis l’on réinvesti dans l’économie alors qu’ils volent de paradis fiscaux en paradis fiscaux, insatiables, tels des oiseaux de proie, pour évader leur fortune, le fruit du travail de nos concitoyens ?

M. Macron, muet en public, a sermonné hier ses ministres, vous a recadré, en réaffirmant son attachement viscéral à la suppression de l’ISF.

Il a fait savoir, a-t-il peur de l’annoncer lui-même, qu’il ne céderait pas sur ce point.

Cette résistance, folle, dangereuse pour notre pays, démontre que la clef de voûte de la politique d’Emmanuel Macron, c’est l’injustice fiscale et l’injustice sociale au service des plus riches et des grands groupes industriels et financiers.

Or, c’est cette violence fiscale et sociale du pouvoir qui est contestée aujourd’hui. Oui, M. le Premier Ministre, vous payez l’addition de décennies de colère sans réponses, mis à part quelques brèves éclaircies, d’un peuple qui subit le dogme libéral justifié par une mondialisation financière présentée comme inéluctable.

Aujourd’hui, vous payez cette addition car les bornes ont été dépassées. Je rappelais l’ISF, mais que dire de l’attaque contre les retraités avec l’augmentation de la CSG ? De l’atteinte au logement social avec la remise en cause de l’APL ? Des handicapés, victimes de multiples mesures de restriction ?

Rappelez-vous sur les retraites, celle des agriculteurs. Comment vous avez violemment utilisé la Constitution pour repousser une modeste mesure de justice à l’égard de ces hommes et femmes qui ont travaillé dur, sans s’enrichir durant toute leur vie ? Cette violence fiscale, sociale, institutionnelle, contre un Parlement et des élus méprisés, vous la taisez, M. le Premier Ministre.

Que dire de l’agression dogmatique contre les services publics, nationaux, comme la SNCF…, locaux avec la remise en cause des moyens pour les collectivités locales qui aggrave la fracture territoriale ?
La SNCF ? Vous parlez de transition énergétique et vous attaquez l’institution qui peut porter réellement les nouvelles mobilités écologiques.

Croyez-vous que les gens ne comprennent pas, par exemple, la spoliation massive dont ils sont victimes avec les privatisations ? Cela fait trente ans que le bien commun est cédé aux intérêts privés ! Et vous, vous continuez, avec la SNCF que vous préparez au bradage, avec Aéroports de Paris et la Française des jeux que vous cédez à vos amis de la finance.

M. le Premier Ministre, ces questions sont cruciales car le chemin de la justice fiscale et sociale ne pourra être retrouvé sans une puissance publique dotée des moyens pour garantir l’égalité.

Rendre sa force à la puissance publique c’est aussi garantir une transition écologique efficace. Tout le monde le dit sauf vous : l’argent et l’écologie ne font pas bon ménage. Oui, la course au profit, à la consommation et au productivisme, en un mot le capitalisme, ne font pas bon ménage avec l’écologie.
M. le Premier Ministre, comme vous l’indiquiez lors de votre discours de politique générale le 4 juillet 2017 : « Les Français nous ont habitués à travers les âges à des sursauts collectifs et à ces retours de confiance alors même que tout semblait bloqué, voire perdu. »

Ce sursaut, M. le Premier Ministre, n’a pas eu lieu le 7 mai 2017, ce fut alors un vote obligé, contraint, nécessaire contre l’extrême-droite. Il a lieu aujourd’hui, contre le libéralisme dont M. Macron est le fruit et le soldat.

J’ai parlé de la violence du programme du Chef de l’Etat et des premières mesures de son quinquennat, comment ne pas évoquer la politique de sélection dans l’éducation ? Comment ne pas parler de la violence des mots, de l’arrogance, des petites phrases blessantes, contre le peuple, contre son peuple ?

Alors aujourd’hui, il faut le retour à la paix, à la sérénité, car la violence a gagné la rue livrée à la colère et comme toujours, à des agissements d’individus qui attisent le feu, dont les fonctionnaires des services de sécurité sont les premières victimes, trop peu, mal équipés, mal commandés et perdu dans la crise politique. Nous condamnons l’usage de la violence avec fermeté, mais cela vaut aussi, M. le Premier Ministre, à l’égard des tirs de flash ball qui défigurent de jeunes lycéennes et lycéens, cela vaut aussi pour cette vieille dame morte d’un éclat de bombe lacrymogène à Marseille. Ces actes vous les taisez, pourquoi ?

Oui, il faut rétablir la paix et la sécurité.

Il reste quelques heures à M. Macron et je m’adresse directement à lui, pour agir et prendre des décisions fortes sur le pouvoir d’achat et sur la justice fiscale.

Maintenant, il doit rétablir l’ISF. Son entêtement sur ce point doit cesser. Maintenant, il doit décider une augmentation significative du SMIC à hauteur de 200 euros net par mois. Maintenant, il doit revenir sur l’augmentation de la CSG sur les retraites.

Ces mesures seraient le départ d’un grand débat national et pourraient permettre le retour au calme et surtout, apporter une première réponse concrète à la détresse du peuple.

Il vous reste peu de temps, M. le Premier Ministre, pour convaincre votre Président. Mais êtes-vous convaincu vous-même de ce chemin ?

M. le Premier Ministre, nous vivons la fin d’un régime politique. La dernière élection présidentielle a souligné le dysfonctionnement, voire l’absurdité du système. Un homme est élu pour cinq ans pas sur son programme mais contre une autre candidate. Une assemblée est élue dans la foulée, avec un mode de scrutin déformateur.

Le peuple aurait été ainsi mis hors-jeu après avoir signé un blanc-seing sur un programme imprécis, voire inexistant.

Mais, M. le Premier Ministre, le peuple est de retour et ce vieux système usé qui a vu la transmission du pouvoir du politique vers l’économie vacille.

Ce retour du peuple n’est pas une mauvaise nouvelle, c’est le retour de la Démocratie.

Vous devez aujourd’hui éteindre l’incendie que vous avez allumé, en prenant ces mesures d’urgence sociale.

Mais demain, vous ne pourrez plus décider, imposer. Votre gouvernement, les futurs, seront placés sous contrôle citoyen et cela, oui, M. le Premier Ministre, c’est une bonne nouvelle, c’est le retour aux sources, celui du peuple souverain.