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Ni vu ni connu...

La chronique d’Eric Bocquet - Vendredi 19 juin 2020

La richesse, la vraie, se veut discrète contrairement à la richesse bling-bling qui, elle, est un tantinet ostentatoire. C’est sans doute ce précepte que s’appliquent les riches propriétaires d’œuvres d’art. Alors, pour dissimuler ces joyaux picturaux aux yeux de la plèbe et du fisc prédateur, il existe des lieux sécurisés que l’on appelle des ports-francs.

A Genève, par exemple, vous trouverez un entrepôt de 150 000 mètres carrés, ultrasécurisé, bétonné, surveillé. C’est ici que sont stockés, en toute discrétion, les plus beaux objets d’art et d’antiquité du monde entier, dont la valeur totale avoisine la bagatelle de 100 milliards de dollars.

Même dans le monde à l’arrêt d’où nous sortons à peine, où les musées rouvrent lentement, où les ventes aux enchères et les foires sont annulées, le plus grand coffre-fort du monde ne tremble pas. Les entrepôts de Genève affichent un taux de remplissage de près de 100%, qui n’a pas bougé d’un iota en pleine pandémie mondiale. Les affaires continuent pour les uns, pour tous les autres c’est la dette à perpétuité  !

Les ports-francs, voilà le nom officiel pour les très riches. Ils ont été créés au milieu du XIVe siècle et se sont progressivement transformés en coffres aux trésors non-imposables pour les super-riches. Ce qui fait la bonne réputation de ces lieux c’est ceci  : à condition qu’ils arrivent de l’étranger et tant qu’ils ne quittent pas la zone franche, il est possible de stocker des biens pour une durée illimitée… sans payer d’impôts. « Notre métier », dit un marchand d’art, Raphaël Durazzo, « c’est la confidentialité ».

Nombreux sont les clients des ports-francs de Genève qui créent une société offshore domiciliée dans les Iles Vierges Britanniques ou tout autre juridiction de ce type, et louent un box sous le nom de cette compagnie. Il y a des ventes aussi, c’est-à-dire qu’un tableau peut être stocké pendant 30 ans, être vendu 10 fois et changer de propriétaire sans jamais quitter Genève  ! Il est concevable que des clients souhaitent blanchir de l’argent, mettent en scène des ventes fictives entre différentes compagnies offshore appartenant au même propriétaire…

Sacha Guitry, grand amateur d’art, distinguait deux types de collectionneurs, les collectionneurs vitrine et les collectionneurs placard, pour ces derniers, il s’agit de l’art confiné  !