Publications

Sortie le 9 septembre du nouveau livre des frères Bocquet

Alain et Eric Bocquet lancent une traque aux fraudeurs dans "Milliards en fuite"

Lors d’une conférence de presse au Sénat le mercredi 1er septembre, Alain et Eric Bocquet, accompagné par leur co-auteur Pierre Gaumeton, ont présenté leur nouvel ouvrage, "Milliards en fuite", qui donne, 5 ans après la parution de " Sans Domicile Fisc" des pistes de travail pour s’attaquer non seulement à la fraude et à l’évasion fiscales, mais aussi aux dérives et abus de la finance mondiale.

Après le bilan, vient le temps de l’action.

C’est dans cet état d’esprit que les trois acolytes ont repris la plume. Alain Bocquet, député honoraire, Eric Bocquet, Sénateur du Nord et Pierre Gaumeton, journaliste, ont décidé de donner une suite à "Sans domicile fisc", leur premier ouvrage qui dressait le bilan de la fraude et l’évasion fiscales mondiales. Le livre dresse le constat d’une planète financière totalement déconnectée de l’économie réelle. La pandémie a accentué les inégalités, plongeant les plus pauvres dans de plus grandes difficultés encore alors que les grandes fortunes continuent de croître de façon indécente.

5 ans et 10 000 personnes rencontrées plus tard, ils ont aussi souhaité apporter des éléments de réponse et des pistes de travail pour donner suite à la question persistante du public : qu’est-ce qu’on peut faire ? Quelles sont les solutions ?

Pour combattre cette financiarisation de l’économie, les auteurs proposent dix pistes de travail, parmi lesquelles une COP en faveur d’une fiscalité mondiale et une organisation mondiale de la finance placée sous l’égide de l’ONU. Ils s’attaquent également à l’épineuse question de la dette qui sert de prétexte à de nombreux reculs sociaux sur les droits des chômeurs ou les réformes régressives des retraites. Près du quart de la dette de la France, soit 600 milliards d’euros, a déjà été racheté par la BCE et peut être annulée.

Toutes ces idées, qui ne sont pas uniquement celles des auteurs mais sont partagées par de nombreux économistes dans le monde, ne pourront éclore que si les peuples s’en emparent et les imposent aux dirigeants du monde qui manquent notoirement de courage politique pour affronter le monde de la finance.

Revue de Presse :

Suite à la conférence de presse, de nombreux journaux et sites ont publié des articles au sujet de ce deuxième ouvrage, que vous pouvez découvrir ci-dessous.

L’Humanité, le 2 septembre 2021

Économie. Les frères Bocquet s’attaquent à la finance

Dans un nouveau livre, Milliards en fuite !, les deux élus PCF, Éric et Alain Bocquet, avancent dix pistes pour en finir avec les ravages de « l’industrie financière ».

Deux frères et maintenant deux livres. Après le succès de Sans domicile fisc, Éric et Alain ­Bocquet, respectivement sénateur PCF du Nord et maire de Saint-Amand-les-Eaux, remettent le couvert avec Milliards en fuite ! Manifeste pour une finance éthique (le Cherche-Midi, 17 euros), à paraître le 9 septembre. Dans ce nouvel opus, les deux Nordistes dépassent leur domaine de prédilection, l’évasion fiscale, pour non seulement dénoncer les excès de « ­ l’industrie financière », mais aussi exposer dix pistes pour la mettre au pas. Ce nouvel ouvrage est né, en partie, grâce à son prédécesseur, qui a amené les deux frères à rencontrer pas moins de 10 000 personnes, allant « de l’évêque au franc-maçon », a raconté Alain Bocquet, mercredi, lors d’une conférence de presse. La crise sanitaire n’y est pas non plus étrangère. Car, selon la fratrie, « tandis que la fortune des milliardaires augmentait de 27,5 % au printemps 2020, une estimation de l’augmentation au cours de l’année de l’extrême pauvreté mondiale la chiffrait à 7 % ».

Des peines de prison effectives pour les délinquants en col blanc
Et face à la doxa libérale, les deux élus du PCF mettent sur la table du concret. Sur la dette d’abord. En prenant à contre-pied un Thierry Breton qui estime que « toutes les dettes sont faites pour être payées », les Nordistes appellent à l’ouverture d’un débat sur son remboursement. « Nombre d’économistes et de responsables politiques dont nous sommes avancent l’idée d’une annulation pure et simple de la dette publique détenue par la Banque centrale européenne », écrivent-ils. Il faut dire que, pendant le « quoi qu’il en coûte », les règles européennes sur les déficits des États ont explosé en plein vol. Pour la France, « l’addition s’est alourdie de 250 milliards. Ils viennent s’ajouter dans les comptes de la maison France aux 2 700 milliards dus au 31 décembre 2020 », détaillent les Bocquet, frôlant ainsi un taux d’endettement de 120 %.

Mais c’est bien entendu sur l’évasion fiscale que les pistes sont les plus saillantes. En plus de la COP fiscale, proposition émise dès 2016 et depuis relayée par nombre d’ONG, les frères Bocquet plaident pour la fondation d’un « ­organisme mondial de la finance ». « L’institution spécialisée sera placée sous l’égide de l’ONU en liant sa création à la disparition du FMI et de la Banque mondiale », expliquent-ils. Ils reprennent aussi à leur compte l’idée de l’économiste Gabriel Zucman, d’un cadastre financier, « outil d’une véritable transparence fiscale ».

« C’est le moment de tout remettre à plat », analyse Alain Bocquet qui s’attaque, avec son frère, au complexe sujet des mafias et du blanchiment d’argent. « On estime que le trafic de drogue à l’échelle de la planète pourrait représenter 250 à 500 milliards de dollars. Ce volume d’échanges place donc le trafic comme équivalent au PIB d’un pays entre celui classé à la 25e place, l’Argentine, et celui classé à la 41e place, le Chili », ­démontrent-ils. Les deux communistes dénoncent également le rôle des nouvelles technologies dans ce domaine : « La carte “prépayée” en bas de l’échelle et le bitcoin ou autres cryptos pour les barons au sommet, ainsi la boucle du secret est bouclée. Ni vu ni connu de bout en bout. » Prenant la mesure du problème, les Nordistes proposent toute une série de mesures, allant de la suspension des licences d’activités bancaires aux amendes personnalisées, en passant par des peines de prison effectives. Une dernière proposition reprise aussi pour les délinquants en col blanc. « Quand je vois que Jérôme Cahuzac n’a, au final, passé que deux ans avec un bracelet en Corse, je me dis qu’à sa place j’aurais eu le temps d’écrire un troisième livre », glisse au passage Alain Bocquet.


La Voix du Nord, le 2 septembre 2021

Finance débridée, profits colossaux, évasion fiscale... Les frères Bocquet poursuivent la lutte

Déjà auteurs de « Sans domicile fisc », pamphlet contre la fraude et l’évasion fiscales, les frères Alain et Éric Bocquet récidivent. Dans « Milliards en fuite ! », le duo d’élus communistes du Nord dézingue la finance débridée, les profiteurs de la crise sanitaire et ceux qui les aident, et dressent la liste des actions urgentes à mener.

Par Julien Lécuyer

Si la colère des frères Bocquet était cotée en bourse, l’action aurait autant grimpé que les valeurs des GAFA depuis un an. Éric, le sénateur du Nord, et Alain, le maire de Saint-Amand-les-Eaux, fulminent toujours contre la spéculation financière, le blanchiment, l’évasion et la fraude fiscales qui « prospèrent plus que jamais ».

Dans Sans domicile fisc déjà, paru en 2016, les deux auteurs exploraient les rouages de la finance débridée, qui coûterait à la France entre 60 et 80 milliards d’euros par an.

« On constate qu’après une année de pandémie et l’arrêt de l’économie pendant des mois, la finance exubérante continue de prospérer, ce qui prouve sa déconnexion avec l’économie réelle »

Rien n’a changé depuis cinq ans, accusent-ils dans Milliards en fuite !, à paraître le 9 septembre. Ce serait même pire, à les entendre au Sénat, ce mercredi matin. « On constate qu’après une année de pandémie et l’arrêt de l’économie pendant des mois, la finance exubérante continue de prospérer, ce qui prouve sa déconnexion avec l’économie réelle », regrette le sénateur Éric Bocquet.

Pendant que, écrivent-ils, « de la City à Singapour, des Bahamas au Luxembourg, les dealers de la finance accumulent dollars, euros, yen, yuans, bitcoins », « la pandémie a creusé les inégalités (…). Les multinationales optimisent ; les GAFAM se gobergent ».

Pour preuve, les profits enregistrés par les « big pharma » ou par le patron d’Amazon Jeff Bezos, si colossaux que « s’il avait offert 30 actions de son groupe à chacun de ses 876 000 salariés, ceux-ci auraient bénéficié d’un pactole en bourse de plus de 100 000 dollars chacun », sans que sa propre fortune n’en soit réduite par rapport à la période pré-pandémie.

Un État qui pactise
Plutôt que de lutter, l’État français pactiserait, selon eux. « Google en 2019 a fait un chèque de 900 millions pour éviter les poursuites, alors qu’il devait 7 milliards (…). Et aujourd’hui, il va aider à traquer les piscines pour le fisc. C’est incroyable ! », s’enflamme Éric Bocquet.

Si la colère des frères Bocquet était cotée en bourse, l’action aurait autant grimpé que les valeurs des GAFA depuis un an. Éric, le sénateur du Nord, et Alain, le maire de Saint-Amand-les-Eaux, fulminent toujours contre la spéculation financière, le blanchiment, l’évasion et la fraude fiscales qui « prospèrent plus que jamais ».

Dans Sans domicile fisc déjà, paru en 2016, les deux auteurs exploraient les rouages de la finance débridée, qui coûterait à la France entre 60 et 80 milliards d’euros par an.

« On constate qu’après une année de pandémie et l’arrêt de l’économie pendant des mois, la finance exubérante continue de prospérer, ce qui prouve sa déconnexion avec l’économie réelle »
Rien n’a changé depuis cinq ans, accusent-ils dans Milliards en fuite !, à paraître le 9 septembre. Ce serait même pire, à les entendre au Sénat, ce mercredi matin. « On constate qu’après une année de pandémie et l’arrêt de l’économie pendant des mois, la finance exubérante continue de prospérer, ce qui prouve sa déconnexion avec l’économie réelle », regrette le sénateur Éric Bocquet.

Pendant que, écrivent-ils, « de la City à Singapour, des Bahamas au Luxembourg, les dealers de la finance accumulent dollars, euros, yen, yuans, bitcoins », « la pandémie a creusé les inégalités (…). Les multinationales optimisent ; les GAFAM se gobergent ».

Pour preuve, les profits enregistrés par les « big pharma » ou par le patron d’Amazon Jeff Bezos, si colossaux que « s’il avait offert 30 actions de son groupe à chacun de ses 876 000 salariés, ceux-ci auraient bénéficié d’un pactole en bourse de plus de 100 000 dollars chacun », sans que sa propre fortune n’en soit réduite par rapport à la période pré-pandémie.

Un État qui pactise
Plutôt que de lutter, l’État français pactiserait, selon eux. « Google en 2019 a fait un chèque de 900 millions pour éviter les poursuites, alors qu’il devait 7 milliards (…). Et aujourd’hui, il va aider à traquer les piscines pour le fisc. C’est incroyable ! », s’enflamme Éric Bocquet.

À ce qu’ils qualifient d’avidité indécente, qu’aucune juste taxe ne vient altérer, s’ajoute une fuite inexorable des capitaux vers les paradis fiscaux. Or, « cette course au moins-disant fiscal, phénomène mondial, a des conséquences sur la vie des citoyens », jugent-ils. Ce trou dans les caisses des États oblige à gonfler la dette. En France, « elle a augmenté de 300 milliards. On voit poindre dans les propos que la facture va nous être adressée », avertit Éric Bocquet.

« Remettre la finance au service de l’intérêt général »

Nulle surprise d’entendre les éminents élus du PCF fustiger les réformes de l’assurance chômage et des retraites. Ils y adjoignent dix pistes de réflexion pour « remettre la finance au service de l’intérêt général » : la création d’une Organisation mondiale de la finance pour fixer les règles communes d’une finance éthique, la taxation des transactions boursières.

Il faut, disent-ils, alourdir les peines à l’encontre des banques et de leurs dirigeants qui se seraient rendus complices du blanchiment d’argent, supprimer les cartes prépayées qui le favorisent. Le rôle de la Banque centrale européenne doit être revu, ajoutent-ils, pour autoriser les prêts directs aux États.

« c’est le moment de tout remettre à plat en donnant voix au chapitre à ceux qui créent les richesses. »

Au niveau national, les frères Bocquet préconisent l’encadrement voire l’interdiction du « pantouflage » et la constitution d’un pôle public financier « dont l’objectif serait d’orienter l’argent vers des investissements utiles à la société, aux services publics ».

Bref, conclut Alain Bocquet, « c’est le moment de tout remettre à plat en donnant voix au chapitre à ceux qui créent les richesses. On est comme poule devant un couteau. Il faut que l’œuf tombe ».


Public Sénat, le 6 septembre 2021

« L’impunité fiscale on en parle souvent, mais il n’y a pas un fraudeur fiscal en prison »

Après Sans-domicile fisc, Éric Bocquet, sénateur communiste du Nord et son frère, Alain Bocquet, ancien député, sortent avec le journaliste Pierre Gaumeton un nouveau livre intitulé Milliards en fuite, aux éditions Le cherche midi. Ils y reviennent, comme dans leur précédent ouvrage, sur la lutte contre l’évasion fiscale, mais aussi plus largement sur le fonctionnement du système financier mondial et européen et l’impact récent de la crise sanitaire. Éric Bocquet revient sur les « pistes » pour mettre en place une « finance éthique ».

Par Louis Mollier-Sabet

Vous commencez votre livre par un chapitre sur la crise Covid. Vous expliquez justement que ce n’est une crise que pour certains (« certains sont touchés, d’autres touchent »). Alors, la situation dans les paradis fiscaux et les marchés financiers s’est-elle dégradée depuis un an et demi ?

Tout ça n’a pas changé, la crise sanitaire est simplement une illustration de plus que tout cela continue. Les beaux discours du printemps dernier sur le « monde d’après » ont mal vieilli. Je lisais ce matin dans Le Monde que les banques européennes localisaient 25 % de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux… Mais la crise sanitaire est ce qui nous a amené à produire ce livre. Nous en avions l’idée depuis un moment, mais ça s’est accéléré ces derniers moi. Mais sur le fond, rien n’a changé.

Avec les plans de relance et le quoiqu’il en coûte, le gouvernement a complètement fait voler les contraintes budgétaires. Est-ce que cette politique économique là est suffisante pour parler d’un « retour d’un État volontaire », comme vous le faites dans votre livre ?

Ce retour d’un État-providence et d’un État volontaire fait partie des constats qu’on a pu faire. Avec la crise sanitaire, il a bien fallu un État qui soit en capacité d’emprunter. Même si on nous raconte qu’il ne faut pas inquiéter les marchés financiers, je constate que quand l’État s’endette, ils ne sont en fait pas du tout inquiets. On nous prête même à taux négatif ! Je suis toujours par saisi par ce paradoxe hallucinant et je le pointe régulièrement quand on auditionne la Cour des comptes, la Banque de France ou les ministres qui tiennent un discours très alarmiste. Alors que la confiance des marchés financiers se traduit même par des taux négatifs : on leur remboursera moins que ce qu’on leur a emprunté, je ne vois pas comment on peut dire qu’ils n’ont pas confiance. L’injection d’argent public dans l’économie avec l’intervention de la Banque centrale européenne (BCE) n’a finalement servi qu’en partie à l’économie réelle. Il y a un vrai sujet sur le financement de la dette et cette pandémie l’a illustré quand la relance a surtout servi à gonfler les marchés financiers.

La crise sanitaire a eu un impact budgétaire important. Bruno Le Maire appelle à la fin du « quoi qu’il en coûte » face à l’augmentation du déficit budgétaire. Dans votre livre vous défendez une proposition alternative, une annulation partielle de la dette détenue par la BCE tout en attirant l’attention sur la dette privée.

L’annulation des dettes publiques détenues par la BCE une option, mais on ne tranche pas sur le sujet. Ce débat n’est pas inintéressant du tout. Ça s’est fait dans l’histoire, l’Allemagne en a bénéficié en 1953. Aujourd’hui la BCE, dont le mandat n’est pas de financer les États – l’article 223 du traité de Lisbonne lui interdit – les finance de fait. Elle détient même plus de 50 % des dettes des États de la zone euro (plus de 3000 milliards sur plus de 6000 milliards de créances au total). La BCE s’est clairement affranchie de ses propres règles, donc profitons du fait que tous les peuples européens sont confrontés à cette situation historique pour réfléchir à un nouveau mandat de la BCE. Quand je vois le rôle qu’a pris la Fed ou la banque d’Angleterre en finançant directement les choix de leurs gouvernements par leurs monnaies, je me dis qu’il y a une nécessité d’un nouveau mode de financement des États [européens], qui ont perdu leur souveraineté. Les Japonais ont une dette deux fois supérieure à la nôtre (à hauteur de 240 % du PIB), la différence est qu’elle est détenue par des institutions publiques japonaises, voire des particuliers.

Dans notre monde d’après on met cette option-là en débat et il faut que le débat monte. La dette a été érigée en dogme absolu, mais tout cela a volé en éclat sans que l’on change les traités. « Politiques d’assouplissement quantitatif » … tout cela est du jargon pour dire qu’on outrepasse les règles des traités. Quand il y a le feu dans la maison – et là on est dans une situation d’urgence – il faut poser cette question du financement des États, qui est une question éminemment politique.

Et sur la dette privée, les prêts garantis par l’État vont arriver à échéance en 2022, n’est-ce pas un sujet tout aussi politique ?

C’est un sujet que l’on n’évoque dans le livre, mais pas suffisamment à mon avis. La dette privée est supérieure à la dette publique. J’entends certains entrepreneurs s’inquiéter en voyant l’échéance du remboursement arriver et on peut le comprendre. Bruno Le Maire évoque une annulation pure et simple de ces crédits, mais cela tombera alors dans le panier de la dette publique. Et derrière on entend la musique qui dit que la dette, il faut la payer. Cela va revenir très fort avec la loi de finances que nous examinerons bientôt. La dette va être la clé de voûte de cet exercice budgétaire, comme toutes ces dernières années. Cela va être la justification de réduire les moyens des services publics alors qu’on en a cruellement besoin, la crise sanitaire l’a prouvé. Sur la dette publique comme sur la dette privée, il faut arrêter de culpabiliser et dramatiser les choses, c’est un choix politique. Si on avait ciblé le financement de la dette sur l’écologie et les inégalités cela aurait eu un effet certain, un peu comme Biden le fait. Moins de 2 % des transactions financières dans le monde ont un lien avec l’économie réelle, le chemin est encore long.

Précisément, vous proposez ensuite dans votre livre 10 « pistes » pour une finance citoyenne. Vous évoquez d’abord plusieurs mécanismes multilatéraux pour réformer la finance au niveau mondial (COP fiscale, organisation mondiale de la finance). On a récemment vu le G7 s’engager sur un impôt mondial de 15 % sur les bénéfices, vous parlez vous-même dans l’avant-propos de votre livre de l’arrivée d’un Biden poussé par Sanders sur sa gauche au pouvoir. Est-ce que les choses ne bougent pas au niveau mondial ?

Cela bouge un peu, mais à la vitesse des chars à bœufs alors qu’il faudrait y aller à la vitesse du TGV. On est à un tournant historique. On propose la création d’une Organisation mondiale de la finance sous l’égide de l’ONU et plus des financiers eux-mêmes, comme c’est le cas des instances mondiales de régulation de la finance actuellement. La finance, ce n’est pas l’affaire du G7 ou de l’OCDE – qui fait un certain travail – mais il y a 200 pays dans le monde. C’est un sujet hautement politique, ce n’est pas qu’une affaire d’expert. Il faut associer les ONG, les syndicats, les citoyens, les parlements de tous les pays du monde. Comme on peut le faire pour la santé avec l’Organisation mondiale de la Santé et pour le commerce avec l’Organisation mondiale du commerce, il faut donc créer une OMF, Organisation mondiale de la finance. Il faut que l’argent ne soit plus le nerf de la guerre, mais nerf de la paix

L’Observatoire européen de la fiscalité a sorti aujourd’hui une étude qui montre que les banques européennes placent 25 % de leurs bénéfices dans les paradis fiscaux, une proportion stable depuis 2014. L’étude calcule un « déficit fiscal » qui permet de chiffrer le manque à gagner pour les États par rapport à une situation où les banques étaient effectivement soumises à un taux d’imposition minimum dans chaque pays. La France fait partie des pays qui a le déficit fiscal le plus important (340 millions d’euros par an). Comment peut-elle « assécher les paradis fiscaux » et récupérer ce manque à gagner ?

Je vais interpeller Bercy à ce sujet, comme je l’avais fait pour OpenLux en février dernier. Le problème c’est que l’on n’a pas fait grand-chose là-dessus à Bercy, alors qu’on parle de paradis fiscaux au cœur de l’Europe. En 2013 la BCE avait coupé tous les transferts vers Chypre pour sanctionner des oligarques russes. Une instance comme ça peut donc agir mais il faut désigner l’adversaire. Tant que l’Union Européenne (UE) ne reconnaît pas ses adversaires en son sein on n’avancera pas. On connaît cette liste : les Pays-Bas, le Luxembourg l’Irlande ou Malte avec qui on a certains problèmes. On en revient à l’échelon européen, mais la France doit avoir un rôle moteur. Elle aura bientôt la présidence de l’UE en pleine campagne présidentielle. Il faut agir et intervenir pour inviter ses partenaires à bouger sur le sujet, car malheureusement nous sommes les plus pénalisés. Mais il faut qu’on s’en mêle tous.

Par rapport à votre précédent livre, vous abordez la situation sur les marchés financiers plus largement que sous le seul prisme de l’évasion fiscale. Vous revenez sur la taxation des transactions financières, sur l’impunité fiscale, sur le blanchiment : comment mettre en place une « finance citoyenne » ?

C’est un enjeu de fond. Déjà, on nous dit de partout qu’on n’a pas les marges de manœuvre pour mener les politiques nécessaires, nous montrons que cela relève de choix politiques. L’impunité fiscale, on en parle souvent mais il n’y a pas un fraudeur fiscal en prison.

Google, condamné par l’UE, a versé seulement 800 ou 900 millions d’euros au lieu de 7 milliards. Ces grands groupes ont le pouvoir de négocier le montant de leur impôt et là où ils veulent le payer. Cela pose un grand problème de consentement à l’impôt et je comprends la colère de nos concitoyens à ce sujet. Aujourd’hui on veut faire appel à Google pour repérer les piscines non déclarées au fisc : c’est comme si on confiait la présidence de la Licra à Dieudonné ou à Marine Le Pen.

Le barème de l’impôt c’est la loi de la République, qui est votée par le Parlement, il faut la faire respecter. Le problème c’est que la loi prévoit ce genre de négociations, on ne peut pas accepter ça. Le politique doit s’imposer dans la société et à tous les étages. On perd de l’argent, ce n’est pas acceptable. Il faut faire évoluer la loi. M. Darmanin avait annoncé en 2018 la création d’un observatoire de la fraude fiscale, il n’a jamais vu le jour et M. Darmanin n’est plus ministre du budget. C’est un outil qui permettrait d’associer les ONG, les citoyens. J’avais d’ailleurs proposé ma candidature parce qu’on m’avait dit qu’il manquait un président pour créer cet observatoire. C’est invraisemblable, les candidatures ne devaient pas manquer. Il y en a assez de voir passer les scandales, on n’est pas obligé d’accepter tout ça, il faut imposer la loi de la République à tous.


L’Humanité Dimanche, le 16 septembre 2021

Milliards en fuite, les pistes pour mettre au pas la finance. Entretien avec Alain et Eric Bocquet

Le 16 septembre, l’Humanité Dimanche affichait l’ouvrage en Une de son édition hebdomadaire, et relatait un long entretien avec Alain et Eric Bocquet.






Paris Match, le 19 septembre 2021

Dans cette longue interview menée par Adrien Gaboulot, Eric Bocquet s’exprime sur la lutte contre l’évasion fiscale, les GAFAM, la taxation des entreprises à hauteur de 15% au niveau international initiées par Joe Biden, Président des Etats-Unis, et présente les grandes idées développées dans "Milliards en fuite", notamment la tenue d’une COP fiscale.

A découvrir sur le site de Paris Match et dans le magazine à paraître jeudi 23 septembre 2021.

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