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Courrier au Ministre de l'Education Nationale

Publication de l’Indice de Position Sociale (IPS) : un révélateur des inégalités sociales dès l’école

Eric Bocquet a souhaité interpeller Pap Ndiaye, Ministre de l’Education Nationale, suite à la publication de l’Indice de position sociale (IPS) de tous les établissements scolaires de France, faisant état de grandes inégalités dans les écoles et les collèges.

Monsieur le Ministre,

Il y a quelques semaines, le ministère de l’Éducation nationale s’est vu contraint de rendre public l’Indice de position sociale (IPS) de toutes les écoles et de tous les collèges de France, à la suite de la demande d’un journaliste.

Plusieurs journaux se sont fait l’écho de cette publication et ont produit des analyses édifiantes, comme La Voix du Nord dans ma région, les 31 octobre et 1er novembre 2022, ou Le Monde dans son édition du 9 novembre 2022.

Les constats partagés sont absolument implacables. Ainsi, si l’on regarde les 300 collèges du pays qui ont l’IPS le plus élevé, on n’y trouvera aucun établissement public. Par ailleurs, nous pouvons noter que les écarts d’IPS entre les établissements peuvent être énormes, de 51,3 pour le plus bas, en Guyane, jusqu’à 157,6 pour un établissement de l’académie de Versailles, le plus élevé de France.

Il apparaît clairement que le fossé entre établissements publics et privés est immense, et les écarts se creusent encore. Comment s’étonner que cette situation inégalitaire se retrouve ensuite amplifiée dans nos plus grandes écoles, à l’exemple de l’École polytechnique qui accueille 92 % d’élèves issus de catégories sociales très favorisées mais seulement 1,1 % des 29 % d’enfants d’ouvriers que compte notre pays.

Le constat d’une très grande ségrégation de notre système scolaire est saisissant.

Monsieur le Ministre, l’État injecte neuf milliards d’euros par an pour financer les établissements privés. Avec les aides accordées par les collectivités locales cela représente 73 % de leur financement.

Pour ma part, je pense que l’État doit exercer un droit de regard sur cette situation car plusieurs questions se posent. Est-ce que tous les élèves ont réellement accès au privé ? Il existe de ce point de vue un grand niveau d’opacité. L’objectif de mixité sociale est inscrit dans la loi depuis 2013.

À l’évidence, ce principe n’est pas totalement respecté et c’est ce qui m’amène à vous interroger afin de savoir quelles réflexions ce dossier vous inspire et surtout quelles mesures de justice et d’égalité entre le public et le privé votre ministère envisage de mettre en place.

Dans l’attente de votre retour,

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

Eric Bocquet

Qu’est-ce que l’Indice de Position Sociale ?

L’IPS permet de décrire les inégalités sociales à l’école mais surtout, de savoir si les élèves sont en moyenne issus d’un milieu social favorable à la réussite scolaire. Diplôme des parents, conditions matérielles, capital et pratiques culturelles… sont ainsi synthétisés et rapportés à la profession et catégorie sociale des parents (PCS).

La valeur de l’IPS de chaque élève est donc d’autant plus élevée que les PCS des parents sont considérées comme favorables à la réussite scolaire de l’élève. Inversement, plus il est faible, plus les élèves proviennent d’un milieu social défavorisé.

L’IPS communiqué par le ministère correspond à la moyenne des IPS de tous les élèves de l’établissement. Ce jeu de données ne permet pas, en revanche, de mesurer le degré de mixité sociale des établissements proches de la moyenne, puisque l’on ne connaît pas la dispersion de l’indice (écart type) au sein de chaque établissement. Il permet par contre de bien cerner la population des établissements situés dans les extrêmes.

L’indice moyen pour les écoles élémentaires (public et privé confondus), en 2021-2022 est de 102,77. Mais il varie de un à trois, montrant l’étendue des inégalités sur le territoire français.

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